Introduction à la politique économique
La lecture de ce
bouquin de Jacques Généreux suscite chez moi quelques remarques. Je n'ai pas terminé la lecture du livre, mais déjà certains points m'interpellent.
Au sujet de l'économie
Le chapitre 4 du livre est consacré aux
Objectifs économiques, au nombre de 4 : le plein emploi, la croissance, l'équilibre extérieur et la stabilité des prix. Pour chaque objectif, l'auteur détaille sa justification puis ses ambiguités et ses limites. La justification de l'objectif écomique
croissance (partie IV. B. a) commence par
"Les bienfaits de la croissance paraissent évidents". Pourtant, à première vue, la recherche sans limites de la croissance ne paraît pas un objectif si évident que ça. Cette course à la croissance paraît plutôt néfaste. Je conçois qu'il faille que le PIB du pays progresse au moins autant que la population. Toutefois, la vision idyllique présentée par Jacques Généreux me semble un peu trop caricatural. D'après sa justification de l'objectif
croissance, on a tendance à croire que la croissance est la solution à tous les maux de l'économie.
Plus important, dans les ambiguités et les limites de l'objectif
équilibre extérieur (partie IV. C. b), on peut lire
"L'expérience a montré que le développement du commerce international est une source de croissance mondiale qui crée globalement bien plus d'emplois que ne pourraient en créer des pays repliés sur eux-mêmes et fermés aux importations". Cette phrase est posée comme une vérité absolue, pourtant ça ne me paraît pas évident, et ce pourrait même être contestable. N'y a-t-il pas là un raccourci un peu rapide ?
Un peu plus loin, on peut lire
"La libre circulation des biens et services est source de productivité et d'efficacité". Même remarque que plus haut, pourquoi est-ce vrai ? Cette affirmation est en effet discutable...
Au sujet de la politique
Dans le chapitre 5, Jacques Généreux nous livre sa vision de la politique, qui est assez intéressante. Il voit la politique comme un marché, le
marché politique (partie V. 2. A. a) Il définit l'offre politique (les partis) et la demande politique (les individus et les organisations). Au sujet de l'offre politique, il dit
"L'offre politique est le fait des hommes politiques. Ces derniers sont le plus souvent associés dans des entreprises ou firmes politiques que l'on appelle communément des partis ou des mouvements politiques". Il poursuit plus loin en disant :
"On peut supposer qu'elles [les firmes politiques] ont deux types d'objectifs principaux : 1) la maximisation de leur part de marché, 2) la conquête du pouvoir ou le maintien au pouvoir". Là encore, vision fort intéressante, voire désespérante de la politique.
Un peu avant, Jacques Généreux précise que le rôle des économistes n'est pas de dire que telle ou telle solution est meilleure. Les économistes expliquent les moyens d'atteindre les quatre objectifs, sachant qu'ils sont évidemment partiellement contradictoires, et il revient aux politiques de décider comment bouger les curseurs permettant d'atteindre plus ou moins ces objectifs. Au sujet du positionnement de l'économie par rapport à la politique, il précise (partie V. 1. B. b)
"L'hypothèse selon laquelle les hommes politiques recherchent l'intérêt général est contraire à la méthodologie habituelle de l'analyse économique. Celle-ci repose, dans tous les autres domaines, sur l'hypothèse de rationalité des individus : les individus cherchent à satisfaire au mieux leurs besoins en tirant le meilleur parti possible des ressources et des informations dont ils disposent à chaque instant". Là encore, une vision assez désespérante des hommes politiques et de leur défense de l'intérêt général.
Au sujet de la démocratie
Quelques points m'ont interpellé au sujet de la démocratie, notamment parce qu'ils rejoignent des questionnements du projet
Expérience Démocratique.
Après avoir énoncé le paradoxe de Condorcet, il précise que
"Le prix Nobel J.K Arrow a généralisé ce résultat aux situations plus réalistes caractérisées par un grand nombre de questions à poser et un grand nombre de citoyens, en démontrant qu'il n'existe aucune procédure non dictatoriale de révélation des préférences individuelles susceptibles de garantir la cohérence des choix collectifs (démonstration connue sous le nom de théorème d'impossibilité d'Arrow, 1951)." Il poursuit en disant :
"Ainsi, consulter l'ensemble des individus sur chaque question ne permettrait pas de définir clairement l'intérêt général".
Plus loin, (partie V. 2. A. b), Jacques Généreux nous parle de l'ignorance rationnelle : c'est ainsi qu'il appelle le problème posé par le coût d'acquisition des connaissances qui permettent à un individu de prendre de façon rationnelle et objective des décisions d'ordre politique. Il considère qu'en matière de politique,
"une certaine ignorance est rationnelle" : les gens choisissent des paquets de mesures, à partir d'informations simplifiées et épurées par les médias. Bien que le problème existe, ce regard sur la démocratie me paraît un peu réducteur.
Voilà pour mes quelques remarques sur la lecture de ce livre... pour l'instant.