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Élections américaines


Aujourd'hui, je suis allé voir une conférence organisée par l'Institut Franco-Américain de Rennes. L'institut avait invité Pierre Cournot, un monsieur né en France, mais de nationalité américaine. Il est entre autres Avocat au Barreau de New York, Conseiller du commerce extérieur de la France, etc... Il nous présentait le mode de fonctionnement des élections présidentielles américaines.

Sa présentation était assez courte : 45 minutes, pour laisser une grande place aux questions. Je vais essayer de relater ici ce que j'en ai retenu de tête.

Comme vous le savez sans doute, les élections présidentielles américaines n'ont pas lieu comme en France au suffrage universel direct.

Le président est élu par des grands électeurs au nombre de 500 et quelques. Le nombre de grands électeurs dépend de chaque État, pouvant aller de 3 dans des États comme le Wyoming, le Dakota du Sud, le Vermont ou le District of Columbia à 55 dans des États comme la Californie. Le nombre de grands électeurs dépend de la population de chaque État d'après un recensement effectué tous les 10 ans. Depuis l'élection de 2000, un nouveau recensement de la population américaine a été effectué, et une nouvelle répartition des grands électeurs a donc été réalisée, nous en reparlerons.

Les grands électeurs votent indépendamment pour le président puis pour le vice-président à la majorité absolue (la moitié des voix plus une). Si il n'y a pas de majorité absolue, un processus assez complexe d'élimination successive des candidats puis de renvoi vers le Sénat est mis en place, mais je ne me souviens déjà plus des détails.

Ce qui est important, c'est surtout la façon dont sont choisis ces grands électeurs. En fait il n'existe pas de loi fédérale qui prévoit la façon dont sont choisis les grands électeurs, cela reste à la discrétion des États. Ils peuvent être nommés ou élus. Actuellement, ils sont élus dans tous les États.

A l'origine, le vote était proportionnel. Ainsi dans un État disposant de 10 sièges de grands électeurs, si un parti obtenait 50% des voix, alors il disposait de 5 sièges. Mais certains États se sont aperçus que cela ne donnait pas assez de poids à une formation politique, et ont donc décider d'appliquer la règle appelée "winner takes all" : le gagnant prend tout. Le parti majoritaire dans un État, même s'il ne récolte que 30% des voix (les autres partis étant derrière), obtiendra l'ensemble des sièges de l'État. Lorsque que quelques États ont commencé à appliquer cette règle, tous se sont mis à l'appliquer. Le
conférencier a néanmoins précisé que dans l'État du Colorado, des démocrates tentent de changer le mécanisme d'élection des grands électeurs.

Chaque parti, dans chaque État, constitue une liste de ses grands électeurs, qu'il confie aux autorités de l'État. Les citoyens ne votent pas pour une liste, mais votent pour un parti. Le conférencier a précisé que les partis essaient de choisir des gens de confiance, c'est à dire des gens qui ne retourneront pas leur veste au dernier moment, une fois devenu grands électeurs.

Si l'on revient au principe du "winner takes all", cela signifie que dans les États en balotage, quelques voix suffisent à faire basculer l'ensemble. Pour les élections de 2000, Al Gore a été battu de 5 voix par Georges W. Bush. En Floride, Georges Bush a devancé Al Gore de seulement 0.01%, soit 537 voix très exactement (alors que la Floride est un État très peuplé, le quatrième État en nombre de sièges après la Californie (54), New York (33), le Texas (32) et la Pennsylvanie (23)) . Georges Bush a donc obtenu la totalité des 25 sièges de la Floride alors qu'il n'a devancé Al Gore que de 0.01% !

Néanmoins, le conférencier ne mettait pas tout sur le dos du système électoral américain mal fichu. Il avançait également d'autres points :



Au sujet du nouveau recensement et donc de la nouvelle répartition des sièges dans les États, le conférencier a fait remarquer différentes choses. Dix huit États sur cinquante ont vu leur nombre de siège modifié. Sur huit États ayant vu leur nombre de sièges augmenter, sept d'entre eux ont majoritairement voté républicain en 2000. Ces sept États comptent en tout 11 sièges de plus qu'en 2000, donc à priori 11 sièges de plus pour les républicains. Sur dix États ayant vu leur nombre de sièges diminuer, six d'entre eux ont voté démocrate en 2000. Ces six États comptent en tout 8 sièges de moins qu'en 2000,
donc à priori 8 sièges de moins pour les démocrates. Les modifications structurelles de la répartition des sièges vont donc apparemment en défaveur des démocrates.

Le nombre de sièges a donc plutôt augmenté dans les États du Sud, votant traditionnellement républicain. Toutefois, le conférencier a précisé que la population hispanophone grandissante de ces États avait plutôt tendance à voter démocrate.

Le conférencier a également commencé son intervention par une devinette amusante : comment la date du 2 novembre a-t-elle été choisie ? Personne n'a su répondre, mais la loi américaine est très précise sur le sujet : les élections ont lieu le premier mardi qui suit le premier lundi de novembre les années divisibles par 4 ;-)

Il est intéressant de noter que les élections ont donc lieu un mardi, ce qui n'est pas forcément pratique pour se rendre aux urnes. Le "travail" des partis politiques n'est donc pas seulement d'encourager les gens à voter pour eux, mais également à encourager les gens à aller voter tout court (et pour eux de préférence). Il citait ainsi dans je ne sais plus quel État que 100.000 partisans du parti républicain étaient mobilisés pour motiver la population à aller voter
.. pour Bush évidemment !

J'ai pu percevoir à différents moments de l'intervention les gros doutes du conférencier sur l'élection de John Kerry. Tout d'abord, il a mis en avant un sondage réalisé sur un nombre conséquent de personnes (plusieurs milliers) disant que 52% des américains avaient confiance en Georges Bush et que 55% étaient d'accord sur l'intervention en Irak. Plus tard dans l'intervention, il a ajouté qu'il y avait selon lui une différence notable de "comportement" entre les deux candidats. Georges Bush est visible à la télé dans son ranch du Texas habillé en jean comme tout américain moyen et a des décisions tranchées, marquées. En revanche, Kerry est pour lui trop distant, et finalement "réfléchit" trop. Il est difficile de retranscrire exactement ses propos, donc je précise que ce n'est que ma modeste interprétation.

J'oublie évidemment beaucoup de points, le conférencier est allé plus loin dans la description historique du système électoral américain en remontant aux origines de celui-ci.

Voilà pour ce petit compte-rendu, un peu brouillon, mais qui je l'espère vous apportera quelques informations.
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