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Logiciels libres, informatique et autres ...

Logiciels Libres et libertés numériques, le face à face Ségolène Royal - Nicolas Sarkozy


L'APRIL, association de promotion et de défense du Logiciel Libre au niveau national, a lancé à l'occasion de la campagne présidentielle l'initiative Candidats.fr. L'objectif était évidemment d'interpeller les candidats à l'élection présidentielle sur les questions du Logiciel Libre et des libertés numériques, de connaître leurs positions et leurs engagements et de les faire connaître. Huit des douze candidats ayant obtenu les 500 signatures ont répondu au questionnaire, dont les principaux candidats qu'étaient François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, ce qui est signe de succès pour cette initiative.

Le premier tour étant passé et ayant sélectionné Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy pour le second tour, je vous propose une petite analyse comparative des positions et engagements de ces deux candidats dans le domaine des Logiciels Libres et des libertés numériques. Pour ceux qui ont la flemme de tout lire, il y a un petit tableau récapitulatif à la fin de ce billet.

Je n'ai pas eu le temps de mettre en regard la position de François Bayrou sur les mêmes sujets, ce qui pourtant, aurait été intéressant. Si un de mes lecteurs souhaite s'y coller, j'ajouterai volontiers sa contribution.

Sur les brevets

Ségolène Royal se prononce donc clairement contre les brevets sur le logiciel, alors que Nicolas Sarkozy ne donne pas une réponse claire, mais on peut assez facilement lire en filigrane une position pro-brevets sur le logiciel. À ce sujet, voir le communiqué de la FFII France intitulé Brevets logiciels : incompétence et dangerosité du candidat Sarkozy.

Sur les mesures techniques de protection

Les positions sont claires, la candidate du Parti Socialiste se prononce contre les mesures techniques de protection, le candidat de l'UMP se prononce pour.

Sur l'international

La position de Ségolène Royal est sur une ligne directrice assez claire : s'assurer que les nouveaux traités liés à la propriété intellectuelle ne répondent pas seulement aux attentes de l'industrie, mais respectent également ceux des citoyens, du public. Nicolas Sarkozy, dans son courrier, n'aborde pas la problématique internationale en matière de "propriété intellectuelle". Pourtant, c'est bien des accords signés au niveau de l'OMPI en 1996 qui ont donné en 2001 l'EUCD en Europe, puis en 2006 DADVSI en France. Se battre en France pour que de telles lois respectent le Logiciel Libre et le public est bien, mais il vaut mieux agir en amont, au niveau des instances internationales, et en particulier au niveau de l'OMPI en ce qui nous concerne.

Sur l'interopérabilité

Une réponse de Ségolène Royal claire et simple. De l'autre coté, Nicolas Sarkozy qui pourtant prône l'utilisation des mesures techniques de protection dont on connaît les problèmes d'interopérabilité, n'évoque pas la question de l'interopérabilité.

Sur la loi DADVSI

La position de Ségolène Royal est claire, et rejoint celle défendue par les députés socialistes Christian Paul et Patrick Bloche à l'Assemblée Nationale lors de l'examen du projet de loi DADVSI (et s'écarte heureusement des positions nettement moins pertinentes d'Anne Hidalgo ou du sénateur Charasse, qui font pourtant partie du même Parti Socialiste). Nicolas Sarkozy, évidemment, ne peut pas remettre en cause une loi adoptée par le gouvernement dont il a fait partie, et sur laquelle il est intervenu presque en urgence pour calmer le jeu suite au vote fin décembre 2005 des premiers amendements mettant en place la licence globale. Il conclût sur une phrase d'ouverture assez bateau, mais étant donné son attachement aux mesures techniques de protection affirmé plus haut, on peut douter des réelles remises en question possibles de cette loi.

Sur la vente liée

À nouveau, une position claire de Ségolène Royal, sans ambiguité possible. La position de Nicolas Sarkozy a au moins le mérite de reconnaître qu'aujourd'hui le consommateur n'a pas le choix, mais ne s'engage à rien si ce n'est à agir «en fonction des résultats de ces consultations».

Sur l'informatique de confiance

Ségolène Royal reconnaît la dangerosité de l'informatique de confiance, mais ne répond pas à la partie de la question « quelle doit être la réponse du législateur face à cette tendance du marché ». Nicolas Sarkozy ne s'oppose pas réellement à l'informatique de confiance, mais on comprend par sa réponse que celle-ci pose des problèmes de libertés dans l'univers numérique. Il propose d'augmenter les moyens de la CNIL, ce qui est effectivement nécessaire, mais ne répond pas à la question de la réponse du législateur sur l'informatique de confiance.

Sur l'administration, les standards ouverts et les Logiciels Libres

Ségolène Royal s'engage ouvertement pour l'adoption des standards ouverts et propose que les logiciels développés par l'administration soient au maximum diffusés sous licence libre. Nicolas Sarkozy n'évoque pas les standards ouverts, et suggère de conserver la position actuelle : suivre les orientations du marché.

Neutralité scolaire

La question de la neutralité scolaire faisant notamment référence aux guides distribués dans les écoles faisant ouvertement la promotion des produits de certaines sociétés informatiques, et présentant une vision réductrice du droit d'auteur (« Copier c'est voler », sans évoquer les licences libres).

Sur la forme

Conclusion

Dans le tableau suivant, je reprends les positions des deux candidats énumérées ci-dessus, et j'indique si à mon sens la position est favorable au Logiciel Libre et aux libertés numériques ou non. Vert quand la position me semble favorable, rouge quand elle me semble défavorable et orange quand il n'y a pas de position, ou une position peu claire.

Ségolène RoyalNicolas Sarkozy
Brevets logicielsContrePour
DRMContrePour
Interopérabilité dans la loiPourPas de réponse
DADVSIPour un ré-examenPas de changement
InternationalPour la déclaration de Genève, l'accord de ParisRien
Vente liéeDGCCRF doit sanctionnerSuivre la DGCCRF
AdministrationPour les standards ouverts et la diffusion en libreLaisser le marché
Neutralité scolairePourRien


Le tableau me semble sans équivoque. Évidemment, la question des Logiciels Libres et des libertés numériques n'est sans doute pas centrale dans le choix des électeurs, même parmi les amateurs de Logiciels Libres. Néanmoins, j'ai le sentiment que les positions, plutôt opposées, des deux candidats dans ces domaines, s'inscrivent assez bien dans la ligne et dans le projet des deux candidats. À vous de choisir, alors bon vote !
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