Solutions Linux 2009
Cette semaine, j'ai donc eu l'occasion de passer quelques jours à
Solutions Linux. Je n'avais pu y participer l'an dernier en raison d'un déplacement pour le boulot, mais cet évènement auquel je vais régulièrement. En réalité, l'aspect salon en tant que tel ne m'intéresse pas réellement, c'est plutôt le fait que ce soit devenu un rendez-vous important de la communauté qui m'attire. Sur quelques jours, on peut rencontrer et discuter avec plein de gens qu'on ne voit que rarement, et c'est bien sympathique. Évidemment, la présence du village des associations est un élément important pour attirer la communauté.

Cette année, le salon se déroulait non pas au CNIT à la Défense comme c'était devenu la tradition depuis un moment, mais à Paris Expo à la Porte de Versailles (le CNIT est en travaux). Le lieu en lui-même n'appelle pas à des commentaires particuliers, sauf pour les conditions d'accueil des conférences. Elles étaient hébergées dans des petits boxs situés dans le grand hall du salon, ce qui veut dire que tout le bruit du salon perturbait les conférences, et que les différentes conférences se perturbaient également entre elles. Proposer de telles conditions d'accueil à un public qui s'est acquitté d'un pass conférence à plusieurs centaines d'Euros me semble un peu déplorable.
Session embarqué
Sébastien Dinot, responsable de session « Embarqué / Informatique Industrielle », m'a permis en tant qu'invité, d'assister aux différentes conférences. Le mardi matin était la matinée de cette thématique sur l'embarqué, qui m'intéressait évidemment au premier plan. Pas grand monde dans la salle, une petite dizaine de personnes tout au plus, en baisse significative par rapport à l'an dernier visiblement.
Sur OpenMoko
Conférence sur
OpenMoko, donnée par Lucas Bonnet de Bearstech. Pas vraiment grand chose de neuf sous le soleil par rapport à la présentation donnée aux RMLLs à Mont-de-Marsan (voir
vidéo et
slides). La fragmentation de la communauté au niveau des différentes distributions ne semble pas s'être résorbée. Bearstech propose désormais une distribution
Hackable:1 pour OpenMoko, basée sur Debian et reposant sur les fondations d'OM 2007.2, la distribution livrée d'origine avec le téléphone. Ces deux choix me semblent bons, car OM 2007.2 était une base sympathique, et je me demande toujours pourquoi ils sont repartis sur quelque chose de complètement différent pour OM 2008.x. Et évidemment, le fait que ce soit basé sur Debian rajoute de l'intérêt à la chose. Coté avenir du projet OpenMoko, Lucas Bonnet n'avait finalement pas beaucoup d'informations. Une nouvelle version serait en préparation, intégrant un appareil photo numérique/caméra et le support d'Edge (en plus de GSM/GPRS déjà supporté, mais toujours pas de 3G en raison de la difficulté de trouver des composants à tarifs et conditions acceptables). La présentation a également mis en avant le fait que l'OpenMoko n'est pas seulement un téléphone : c'est un device complètement bidouillable, ce qui permet de combiner toutes les fonctionnalités matérielles sans autre limite que l'imagination. Avec du Bluetooth, du Wiki, du GPS, du GSM/GPRS, du USB hôte et esclave, et un écran tactile, on peut imaginer bien des applications !
Personnellement, je possède un OpenMoko depuis août 2008, j'ai testé plusieurs distributions, mais aucune n'est réellement satisfaisante à ce jour, les problèmes d'echo lors de la communication étant rédhibitoires. J'ai récemment installé
Hackable:1 (interwiki), mais n'ai pas encore eu le temps de le tester en communication, peut-être que le problème d'echo est résolu. J'aimerais bien passer un peu plus de temps à explorer les possibilités de ce sympathique appareil.

L'entrée du salon
Sur Linux embarqué
Christian Charrère, de CIO Informatique, a proposé une présentation très générale de Linux embarqué, des avantages, des différents composants, etc. Une présentation qui ressemble pas mal à ce que j'ai pu faire à
Toulibre ou à
l'UTBM, donc rien de vraiment nouveau pour moi, mais qui propose un très bon aperçu à ceux qui ne connaissent pas du tout le domaine.
Sur le temps réel avec Xenomai
La conférence suivante était donnée par David Chabal, de CS. Il avait donné une conférence similaire aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre à Mont-de-Marsan (
vidéo disponible ici). Sauf erreur, je n'ai pas vraiment vu de nouveautés par rapport à la précédente édition. David y présente l'utilisation de Xenomai dans le cadre d'un simulateur de senseur radio-fréquence dans un environnement satellite. L'idée était donc de simuler un matériel spécifique en utilisant un PC banalisé. Des contraintes temps-réel assez importantes l'ont amené à considéré Xenomai. La présentation est intéressante, car elle est à la fois une présentation assez générale du fonctionnement de Xenomai et en même temps un retour d'expérience sur une utilisation concrète.
Par contre, un point sur lequel je serai éventuellement en désaccord avec David, c'est au sujet de son opinion sur le patch PREEMPT_RT maintenu par Ingo Molnar. Pour David, ce patch est trop gros (il annonce 60k lignes) et que cette quantité fait peur par rapport à Xenomai qui modifie moins le cœur du noyau. En terme de quantité stricte, c'est vrai, mais ce critère me semble insuffisant pour comparer les deux approches :
- Le patch PREEMPT_RT est maintenu principalement par Ingo Molnar et Thomas Gleixner, qui ont tout deux une très longue expérience au niveau du noyau Linux. Ingo Molnar est notamment le mainteneur de l'architecture x86, l'auteur du scheduler et de tellement d'autres choses qu'il est impossible de s'en souvenir. PREEMPT_RT n'est donc pas un sale hack réalisé par des développeurs inexpérimentés.
- Le patch PREEMPT_RT est plutôt un projet qui vise à amener la version « mainline » de Linux vers une meilleure adaptation aux contraintes temps-réel. Et plusieurs aspects de ce projet ont déjà été fusionnés dans la version officielle du noyau Linux (dynticks, timer haute résolution et sans doute d'autres choses). Cela montre d'une part que le code de PREEMPT_RT est de qualité, et que les développeurs font des efforts pour que ce code s'intègre proprement dans le noyau Linux officiel.
- À terme, une approche intégrée au noyau comme PREEMPT_RT sera probablement plus facile à maintenir qu'une approche comme Xenomai, qui devra perpétuellement rester en dehors du noyau.
Autre détail (peu important pour son projet basé sur un PC, mais important pour d'autres développeurs embarqué), David a indiqué que PREEMPT_RT n'était disponible que sur
x86, alors qu'en réalité il est disponible au moins sur ARM, MIPS et
PowerPC?.

Dans le salon, coté entreprises
Sur la modélisation
La dernière conférence était donnée par Étienne Juliot de la société Obéo. La société travaille sur des outils de modélisation, de méta-modélisation et de génération de code autour d'Eclipse. Ils travaillent par exemple sur Acceleo, ou proposent des choses comme EMF Compare qui permet de faire de la comparaison de modèles. Le domaine du « Model Driven Engineering » n'est pas trop ma tasse de thé, donc je n'ai pas nécessairement saisi tous les tenants et aboutissants des solutions proposées. En tout cas, le projet Eclipse semble vraiment fédérer les projets d'outils de développement, et ça, c'est bien.
Autres conférences
Le mercredi matin, j'ai assisté à une conférence d'une personne de
RedHat? sur GCC et GDB. Conférence vraiment intéressante, qui revenait sur l'historique de GCC depuis sa création, l'organisation du projet, les dernières évolutions, les différentes représentations internes du code au fur et à mesure des étapes de compilation, etc. Même chose pour GDB, avec des nouveautés vraiment intéressantes. Pour GDB 7.0 à venir, j'ai notamment noté :
- L'ajout d'information de debug supplémentaire qui permettent d'offrir un déboguage qui n'est pas altéré par les optimisations de code réalisées par GCC lors de la compilation, même si celui-ci est a effectivement été optimisé
- Le scripting en Python
- L'amélioration du déboguage distant (particulièrement utile dans l'embarqué !)
Ensuite, conférence de Vincent Untz (Gnome, Novell) sur l'initiative Freedesktop. Il rappelle le principe de l'initiative, sa petite histoire, ainsi que quelques unes des spécifications Freedesktop. Intéressant.
Le mercredi après-midi, j'ai assisté à la conférence de mon cousin Jérôme qui portait sur la virtualisation. Virtualisation CPU/RAM, virtualisation du stockage, virtualisation du réseau, cloud computing. La salle était comble, visiblement le sujet est à la mode.
Globalement, j'ai été très agréablement surpris par la qualité des conférences. J'avais assisté il y a quelques années à des conférences Solutions Linux, et j'en avais gardé le souvenir de conférences commercialo-buzzo-marketing. Là, en tout cas pour les conférences que j'ai vu, on avait droit à des vraies conférences techniques intéressantes.

Dans le salon, coté village des associations
Le reste du salon
Pour le reste, j'ai passé mon temps à discuter avec d'anciens collègues, avec une personne de la société
Tranquil IT Systems sur l'utilisation du Libre dans l'Éducation, avec Frédéric Lehobey de
Proxience, avec tous les gens de l'April, avec mon
frère qui était de passage, etc. C'est surtout cet aspect-là qui me fait venir à Solutions Linux
À l'Assemblée Nationale
L'examen du projet de loi Création et Internet (plus connu sous le nom de HADOPI) avait été judicieusement programmé en même temps que le salon Solutions Linux. Du coup, j'en ai profité pour rejoindre une centaine de personnes pour assister à la séance publique de nuit du mardi soir. Je suis resté de 21h30 à 23h30, mais la séance a semble-t-il duré jusqu'à 2h du matin. C'était vraiment intéressant de voir l'Assemblée Nationale en vrai, ça change des retransmissions vidéo. Au niveau des débats, malheureusement pas grand chose à dire : quelques députés de gauche courageux (Bloche, Billard et Paul principalement) qui défendent leurs amendements, démontrent l'ineptie du projet de loi, et de l'autre coté, une majorité godillot qui suit aveuglément l'avis du rapporteur et du gouvernement, à part le rebelle Lionel Tardy (qui sans doute risque gros pour sa prochaine investiture si il continue). En tout cas, les députés de la majorité sont sous bonne surveillance, le député Lefebvre, porte-flingue de Sarko, étant venu faire un tour dans la soirée pour s'assurer que tout se passe bien et que les troupes votent bien comme il faut.
Salon RTS
Au même endroit au même moment avait lieu le salon
RTS Embedded Systems. J'y suis donc allé faire un tour avec mon frère (également intéressé puisqu'il
travaille maintenant dans l'embarqué). Déjà, la différence de quantité de public par rapport à Solutions Linux se fait sentir : les allées sont désertes ou quasiment-désertes. En ce qui concerne les stands, il s'agit principalement de vendeurs de matériel type industriel : beaucoup de x86 sur carte PC104, des cartes durçies, des écrans et composants solides. Coté logiciel, présence de Windriver, Green Hills Software et d'une société (dont j'ai oublié le nom) partenaire de Montavista et distributeur des outils de développement Keil. En dehors de ça, pas grand grand chose, quasiment pas d'embarqué type « consumer electronic ».